DÉMARCHE ARTISTIQUE Bernard Tano est un artiste peintre contemporain ivoirien dont la recherche artistique s’inscrit dans une réflexion autour de la mémoire individuelle et collective, de l’enfance, de l’humain et de son rapport au vivant. À travers la peinture, il observe et raconte les réalités de nos sociétés, tout en donnant une place particulière aux scènes de l’enfance, à ses rêves, ses émotions, ses fragilités et ses imaginaires. L’enfant occupe une place importante dans son univers. L’artiste se fait l’interprète de ses gestes, de ses silences, de ses cris, de ses joies et parfois de ses douleurs. Il porte un regard attentif sur ce qui constitue l’expérience de l’enfance et cherche à en préserver les traces. Le souvenir devient alors une matière artistique : une mémoire personnelle qui peut rejoindre une mémoire collective et devenir, avec le temps, le témoignage d’une époque. Cette volonté de témoigner de son temps traverse l’ensemble de sa démarche. Bernard Tano observe les transformations de la société et les inscrit dans un univers où se rencontrent réalité et imaginaire. Ses œuvres racontent des fragments de vie quotidienne, mais également des histoires inventées, des souvenirs, des rêves et des récits qui appartiennent à plusieurs générations. Son langage plastique, à la fois expressionniste et semi-figuratif, repose sur des formes stylisées, des superpositions et un jeu de tensions entre personnages, matières et couleurs. Les figures ne cherchent pas nécessairement à reproduire fidèlement le réel : elles sont transformées, simplifiées ou déformées afin de faire émerger une dimension émotionnelle et symbolique. Son expressionnisme se nourrit ainsi de son environnement culturel et social pour construire une écriture personnelle, contemporaine et profondément liée à son expérience africaine. La question de l’hybridité est devenue un axe important de sa recherche. Dans certaines œuvres apparaissent des êtres mi-humains, mi-animaux, parfois associés à des dimensions évoquant l’ange ou le démon. Ces figures hybrides questionnent les frontières entre l’humain et l’animal, entre le réel et le spirituel, entre la fragilité et la force. Elles deviennent des métaphores de l’être humain dans toute sa complexité, mais aussi une manière d’interroger notre relation à la nature et au monde vivant. La mémoire conduit également l’artiste vers les mythologies et les récits culturels. Les références aux imaginaires africains, notamment Akan/Ashanti, et à la mythologie grecque constituent des territoires de recherche qu’il confronte au présent. Il ne s’agit pas pour lui de reproduire ces récits, mais de les réinterpréter afin de créer un dialogue entre différentes cultures, entre héritage et contemporanéité. Les matériaux de récupération occupent une place essentielle dans son processus de création. Vieux journaux, magazines, cartons, papiers usés, fragments de toiles, morceaux de pagne et autres matériaux issus du quotidien deviennent des éléments constitutifs de ses œuvres. Ces matières portent déjà une histoire, des traces d’usage et une mémoire. En les récupérant et en les transformant, Bernard Tano leur donne une seconde existence. La diversité de ces matériaux, leurs formes, leurs couleurs, leurs textures et leurs imperfections fait écho à la diversité des individus et des sociétés. Chaque fragment conserve son identité tout en participant à une composition collective. Le collage, la superposition et l’apport de peinture deviennent ainsi une métaphore du lien social et de la construction de la mémoire : des fragments différents peuvent être réunis pour former un nouvel ensemble. La couleur occupe enfin une place déterminante dans son univers. Vive, franche et chaleureuse, elle introduit une dimension de joie, d’énergie et d’espoir. Même lorsqu’il aborde des sujets liés à la douleur, à la vulnérabilité ou aux transformations de la société, Bernard Tano conserve une volonté de faire émerger une forme de lumière. La couleur devient alors un langage émotionnel et une affirmation de la vie. À travers cette démarche, Bernard Tano cherche à transformer les traces du présent en mémoire pour demain. Son travail se situe à la rencontre de l’intime et du collectif, de l’enfance et de l’âge adulte, du réel et de l’imaginaire, de l’humain et de la nature. La peinture devient pour lui un espace de mémoire, de transmission et de transformation, dans lequel les fragments du monde sont réassemblés pour raconter autrement notre époque. Il vit et travaille en Côte d’Ivoire et poursuit une pratique de peinture contemporaine fondée sur la mémoire, l’enfance, les récits culturels, l’hybridité, la récupération et les relations entre l’humain et le vivant.